MENU
LES BONNES PERIODES POUR L’ESCALADE – LE CLIMAT.
En gros, c’est bon d’octobre à mi-mai.
L’été c’est exclu – trop grandes chaleurs.
Octobre, c’est le beau mois de l’automne. Mais encore souvent bien chaud au début du mois.
En novembre le climat devient optimum, mais les jours raccourcissent trop vite… Début décembre – c’est nuit noire à 17h30. A bon entendeur !
A l’automne on ne compte plus les grimpeurs qui se font coincer par la nuit. Pas de panique. Un bon bivouac rustique autour d’un feu, et tout rentre dans l’ordre le lendemain.
Alors pour vous éviter ce plaisir inattendu, pensez à vous lever tôt… Et n’oubliez-pas la frontale.
Wadi Rum - le guide Omar Aoudah dans la neige fraiche
En décembre, janvier et février, il peut faire bien froid. C’est un peu plus rude pour les bivouacs… mais parfait pour grimper. Au soleil, il fait toujours bon. À l’ombre c’est le frigo !
Et s’il y a du vent, préparez polaire, bonnet et coupe-vent ! Le plus pénible après avoir pris froid, c’est de se réchauffer.
En mars, et plus généralement au printemps, il peut y avoir des vents forts dans le désert. Quoique ces dernières années, la météo, comme partout, s’est franchement déglinguée…
Desert fleuri au printemps:WC-redimAvril, c’est la belle période du printemps. S’il a suffisamment plu, le désert est en fleur et les vasques dans la montagne sont pleines d’eau.
Mi-mai, ça devient  trop chaud. Il ne reste vraiment que les coins ombragés, et encore… Et tout cela vaut aussi pour les calcaires du Nord et autres spots. À Wadi Rum, peu d’escalades sont orientées Nord. Beaucoup de parois regardent l’Est et l’Ouest.
Pour l’hiver, il y a aussi bon nombre de faces orientées Sud/Sud-Ouest.
Pour les périodes chaudes, on trouve très facilement une paroi à l’ombre le matin (face Ouest), et un sympathique Short-Climb en face Est pour l’après-midi.
Bref, lisez correctement les topos.
Pour les falaises calcaires du pays, elles sont souvent exposées au soleil, à l’exception du Cinema (Wadi Mahmoud), de Dur Moursud (Irbid) et de Iraq al Dub (Ajloun).
Celles des canyons de la Mer Morte peuvent être à l’ombre, mais situées sous le niveau de la Mer cela rejoint ce qui est dit au-dessus – évitez les périodes chaudes !
Destinations parfaites pour les intersaisons et surtout l’hiver, quand il fait froid plus haut…

DANGERS OBJECTIFS.

Les chutes de pierres sont quasi inexistantes.
Grimpeurs au-dessus, ou… bouquetins qui se baladent sur les vires, sont les seules explications à un caillou qui vole !
Pour les p’tites bêtes qui terrorisent le grand grimpeur – scorpions, vipères…. Cliquez ici.

UN 
VRAI DANGER – LES PLUIES !
Rares et de courte durée, elles peuvent néanmoins être violentes et occasionner des dégâts considérables. Comment ça se passe ? Regardez tous ces canyons (siq), ces fissures, ces cheminées, ces vasques. Ce sont les cours de l’eau collectée dans les innombrables réservoirs au-dessus.
Au début, il ne se passe rien, et l’on regarde la pluie tomber avec étonnement. C’est tellement rare !
waterfall-in-rum-redimPuis, des grondements sourds, des rugissements, avec leurs incroyables échos dans les entrailles de la montagne. Le déchaînement est proche… D’un coup l’eau dévale, charriant le sable et les pierres, dévalant partout la moindre ligne de faiblesse – c’est le trop-plein des vasques qui débordent ! Cascades et trombes affichent alors une violence inouïe dont il faut absolument se prémunir.Simple. La patience étant la mère des vertus, et vous, étant très vertueux, asseyez-vous à l’abri, loin de tout ce qui ressemble à un collecteur d’eau et… attendez gentiment que ça se passe !
Récit:
Ça bruinait un peu. Nous venions juste de sceller quelques points dans Catfish Corner au Jebel Kharazeh. Les cordes fixes sont restées en place, et nous glissons sur les rappels pour rejoindre les sacs en bas.
Au fond, là-bas vers l’ouest, le ciel était noir terreur. Le tonnerre grondait fort, avec mille échos à la ronde – la plus grande salle acoustique du monde ! Et les premières grosses gouttes de tomber…
En quelques minutes les grondements se mélangeaient – ceux du tonnerre en batterie continue, et ceux à peine dissociables, des trombes d’eau qui rugissaient de fureur dans les gorges et ravins. Nous avions trouvé refuge sous un immense auvent, pas loin. Devant nous, un énorme torrent de boue arrachait tout sur son passage. Les bancs de sable entre les blocs se désintégraient comme au ralenti, et le claquement des pierres qui s’entrechoquaient donnait à l’ensemble une ambiance de catastrophe naturelle…
Je pensais à mes pauvres scellements à peine secs, aux cordes fixes laminées par le rideau d’eau chargé de sable qui frappait la face…
Mais c’était magnifique ! Et quand le déluge se calma un peu, atteignant sa vitesse de croisière, notre ami Alain Prince entonna alors de magnifiques airs d’opéra qui sonnèrent en l’occasion comme des odes terrifiantes à la fin du monde qui commençait… Grandiose !
Ah j’oubliais ! Attention après la pluie – le grès est une éponge, et ça devient encore plus cassant. Prenez acte.
Et d’autres dangers objectifs…
En 98, lors d’un de nos bivouacs avec chevaux et cavaliers, nous avons subi un stressant tremblement de terre de magnitude 6,2 sur l’échelle de Richter !Spectacle grandiose, où les rares blocs instables plongèrent dans les abîmes pour s’exploser au sol en pure poussière, couvrant la vallée d’un aérosol épais.Là, nous avons constaté, Bernard (Domenech) et moi, que l’ensemble des tours et parois n’avaient globalement subi aucun dommage – ce grès avait décidément quelque chose d’élastique, et Dieu avait pourvu ces montagnes des meilleurs systèmes antisismiques qui soient !Après un tremblement de terre, il y a des répliques.
« Oh, elles viennent bien après ! », me dit Bernard, géographe, chercheur, scientifique, etc.
Abreuvé de ces réconfortantes affirmations, nous entamons l’ascension de The Incredible Possibility sur Nassranyia Nord. Un truc dur, aventureux, long et bien engagé – une bonne voie Precht quoi !Quelques heures plus tard, je bataille dans un premier crux retord. Je cherche à placer une protection alternative au vieux nœud de cordelette coincé-là par Albert (Precht) et Siggi (Brachmayer) durant leur première. Eux, les nœuds coincés, ils maîtrisent…C’est à ce moment-là que j’ai senti un truc bizarre. Une ondulation générale de l’univers autour de moi… Bon sang une… réplique !
« Bernard, ça tangue ! »
« Mais non, mais non ! T’es fatigué, c’est dur, c’est pour ça ! T’inquiètes-pas. » Et cela pour toute réponse…
En fait c’était bien une de ces satanées « répliques »… d’amplitude 5, ce jour-là…
C’est dans ces circonstances pas rassurantes du tout que j’entamais la fissure à main, déversante et sordidement sablonneuse en 7a, qualifiée de «superbe !» dans le topo… Un truc bien hideux, en fait, et vraiment pas du tout superbe, qui s’est terminé en combat de rue sordide… Et pour le coup, en tremblant vraiment moi-même !

vent-de-sable-dans-le-desert-redimSE SOIGNER.
Une pharmacie légère au fond du sac à dos est bien sûr indispensable.
La plupart des blessures légères relèvent ici de la brûlure. Le seul frottement un peu fort de votre genou contre le rocher, et vous voilà… brûlés !
Alors, laissez short et débardeur à la maison.
Avec la médecine du désert…
Ayant oublié votre crème solaire à fort indice, vous êtes passablement cramés par les coups de soleil. La peau est écarlate et brûlante.Ecoutez-bien, et prenez ça au sérieux – ça marche :
procurez-vous du yogourt (en Jordanie, comme dans tous ces pays, on en trouve partout – cela sert de sauce pour agrémenter les plats, et non pas de dessert comme en Europe de l’ouest).
Avec les mains propres, étalez-le soigneusement en couche assez épaisse sur les zones atteintes. Laissez jusqu’à dessèchement complet du laitage…
Nettoyez alors la peau délicatement. La brûlure inflammatoire de l’épiderme a disparu, pompé par le froid – échange thermique oblige. Soignez la surface de la peau avec un antiseptique normal, et c’est gagné !Avoir un corticoïde n’est pas du luxe. Traitement de soutien à toutes les allergies, dont celles qui sont dues aux venins de vipères ou de scorpions, ou aux piqûres d’abeilles, et pour les gros coups d’épuisement. D’après son concepteur l’Aspivenin permettrait de pomper le venin justement. Moins il y a en a dans le sang mieux c’est effectivement ! Néanmoins l’efficacité en très contestée.
Pour couper court à tous les blablas sur son opportunité – et tous les venins ne se propageant pas à la même vitesse – alors pompons…
J’utilise la fameuse « Pierre Noire », que l’on trouve en Afrique.
Elle agit contre les morsures de vipères, scorpions, insectes, microbes… Et pour toutes les infections de plaies. Son utilisation n’exclut pas l’utilisation d’un antidote médicale.
Mode d’emploi : faire saigner un peu l’endroit de la morsure (incision avec une lame).
Dès que la pierre rentre en contact avec le sang, elle s’attache à l’incision, et ne lâche pas avant d’avoir absorbé tout le venin.
Toujours désinfecter la plaie avec un antiseptique. Recommencer l’opération plusieurs fois si nécessaire, selon l’état de la victime.Les bédouins d’Arabie ont bien sûr entendu parler de cette pierre (d’origine volcanique). L’ont-ils utilisée autrefois, récemment encore ? En tout cas, nul trace de cette pierre ici. La mienne vient du Sahara.

Sachez que l’antiseptique de base le plus efficace, en absence d’autre chose, c’est… la cendre !

INFRASTRUCTURE DE SECOURS, ET MEDICALE.
Pas de structure officielle de secours, si ce n’est via la police et les militaires. Ceux-ci, alertés par des témoins, contactent immédiatement les guides locaux en présence.

Ceux-ci définissent rapidement les besoins en hommes et en matériel. Ils déterminent les possibilités d’approches héliportées. S’il y a lieu une caravane terrestre est formée, avec un partenariat informel entre militaires, bédouins locaux et grimpeurs en visite.
Les hélicoptères ont parfois à leur bord un médecin, et presque toujours du matériel de treuillage classique.

Tout irait bien si la hiérarchie des intervenants était bien claire. Cela n’est pas toujours le cas. Les militaires et les policiers interfèrent trop souvent, et trop autoritairement dans les manœuvres compliquées que les guides bédouins organisent habilement du fait de leur longue expérience.

Notre groupe, The Desert Guides Society, travaille étroitement avec les guides locaux et les autorités concernées pour arriver à une structuration adéquate du secours dans ces reliefs compliqués.

Vous êtes donc avertis – soyez autonome.
Laissez toujours quelque part (chez vos contacts bédouins, au Rest-house…) des indications précises sur votre but d’ascension, sa situation dans le massif, et le moment prévu de votre retour (jour, horaire, etc…).
C’est simple et cela facilite recherches et secours en cas de pépin.

Par contre, on trouve des dispensaires et cliniques dans tous les villages de Jordanie. Et c’est le cas à Wadi Rum et à Disi.

HYGIENE & CONFORT DANS LA NATURE…
Restez propres. Ça paraît stupide de le dire. Mais il en va de votre confort, de votre hygiène et de votre réputation !

En toute occasion – avant les repas – lavez-vous les mains (pichets d’eau en plastique à disposition dans les habitations et aux camps, sinon un petit filet d’eau suffit). Utilisez du savon normal. Évitez le savon gel, plus gourmant en eau. Après être allés aux toilettes – même chose.

Si vous utilisez du PQ, brûlez-le ensuite, ou ramenez-le à la poubelle. C’est impératif. N’enterrez rien dans le sable – c’est un non-sens. Au premier vrai coup de vent, tout votre butin referait surface – bonjour merci !

Lavez-vous les fesses avec de l’eau s’il y en a (pichets d’eau en plastique à disposition dans les habitations et aux camps, sinon un petit filet d’eau suffit). Pas d’eau du tout ? Utilisez sable, pierres, feuillage… Faites preuve d’imagination.

Pour votre confort général.
– Utilisez plutôt des sous-vêtements en coton. Des soutiens-gorge confortables et au maintien efficace pour les demoiselles.
– Sandales, type « chip chip » ou tong pour les moments de repos. Ne gardez pas vos chaussures lors des repas communs sur tapis. Eloignez-les derrière… C’est une politesse de base ici.
– Les chaussures de marche nauséabondes doivent être éloignées.
– Les vêtements de repos ou de change pour les camps-bivouac doivent êtres amples et légers.

Vous voulez vous doucher dans le désert ? Rester propre ? Alors lisez ceci.
1 broc d’eau en plastique (2L) suffit à un nettoyage complet de votre personne, sans lavage des cheveux (le plus gourmands en eau, surtout pour le rinçage des abondantes crinières féminines…).

Plein d’endroits discrets dans les rochers attendent le voyageur désireux de se laver correctement. Mettez-vous nu(e), les pieds dans le sable, et savonnez-vous avec du vrai savon en pain (évitez le savon gel, plus gourmand en eau pour le rinçage). Le débit réduit de ces brocs en plastique permet précision et économie millimétrée !

Propreté et bonnes odeurs sont ici hautement appréciées. N’hésitez pas, Monsieur comme Madame, à vous parfumer d’eau de toilette ou d’essences agréables aux naseaux !

ÉQUIPEMENT DE BASE – LES FONDAMENTAUX.
Attention TOUT votre équipement va subir l’abrasion destructrice du grès ! Utilisez du costaud.

CHAUSSURES DE MARCHE.
pour les approches, ou pour les Voies Bédouines.
La chaussure de tennis fait merveille, avec une semelle pas trop crantée, ou alors plutôt usée – afin de profiter au mieux de l’adhérence dans les passages faciles ne nécessitant pas encore les chaussons.
Les chaussures à semelle rigide – type chaussure de montagne – sont à proscrire absolument. Aucune sensation… Et ça détruit la « croûte » superficielle du grès. Nada ! Allez voir sous l’Arche de Burdah pour comprendre. Et c’est irréversible !

Pour avoir une chaussure souple, adhérente, confortable et sensitive, tout en tenant la cheville efficacement, j’utilisais un temps des chaussures de…boxe – le top ! Trouvées dans une poubelle…

Une vieille paire de chaussons d’escalade trop grands, bien confortables, fait aussi l’affaire.
Il va sans dire que beaucoup d’approches ne nécessitent même pas de chaussures.
Les « chip chip » (sandales) suffisent. Sauf en cas de descente scabreuse.

CHAUSSONS D’ESCALADE.
Pas trop étroits pour les voies de plusieurs longueurs. La chaleur fait gonfler les pieds – trop serrés, ils vous tortureront, surtout dans les fissures à coincement.
Prenez-les carrément larges et confortables pour les voies bédouines, en grande partie envisageables en simples chaussures de tennis, comme déjà dit plus haut.

Pour les voies plus dures et courtes, des chaussons plus ajustés sont bien sûr de mise.
Attention aux meurtrissures à la malléole dans les fissures. Ça m’est arrivé de bander la cheville avec de l’élastoplaste.
Souvenez-vous – le grès est ici le plus abrasif des rochers. Usure ultra rapide de la gomme ! Pensez aussi à prendre des lacets de rechange.

VETEMENTS – DE LA TÊTE AU PIED.
Solides, légers, confortables et de couleur claire. Ça peut faire sourire…
Au sommet du Jebel Rum, en plein soleil, collez vos mains sur les 3 couleurs du drapeau jordanien peint à même le sol. Le blanc est presque frais, alors que le vert et surtout le rouge chauffent à fond ! Édifiant, non ?
Toujours se couvrir la tête est une règle de base dans le désert – qu’il fasse chaud ou froid…
Pour l’escalade, un casque blanc, ou de couleur claire, est donc hautement recommandé.
Pas pour les chutes de pierre (quasi inexistantes), mais pour les chutes, même courtes.

Je les ai parfois trouvées très longues. L’une d’elles, c’était durant la première de « Sultan le borgne » : rupture d’une prise tout en haut, et hop….! Encore une fois, j’ai atterri au relais tout en bas, dans les bras de mon assureur.

Évitez les shorts, les pantacourts et les débardeurs. Le seul frottement de votre jolie peau contre ce caillou, risque de provoquer une brûlure ! Rien que ça…
Idem donc pour les débardeurs. Vos belles épaules d’athlète musclé seraient bien vite ravagées…

Lunettes de protection, bien sûr. Avec attache.

Un beau cadeau d’adieu à laisser à votre hôte bédouin. Ils ont du mal à les mettre, mais à force de se taper des désordres ophtalmiques, les lunettes leurs paraissent finalement assez utiles. À moins que ce ne soit pour le look…

Si vous êtes inlassablement attirés vers les fissures et leurs coincements tortionnaires, alors utilisez le Strappal.
Pour une campagne de fissures à coincements, la confection de « gants » de protection en Strappal, réutilisables, telle qu’elle est réalisée aux States pour les fameuses fissures de l’Utah & d’ailleurs est un bon plan. Cliquez ici pour en savoir plus.

Pour la première ascension de cette invraisemblable fissure secrète au fond du massif, j’ai du ménager, pas seulement mes doigts et mes mains, mais aussi le reste : bras, coudes, épaules…
Alors, j’ai collé les manches de mon sweater avec de l’élastoplaste, pour qu’il n’y ait pas un cm2 de peau à l’air, en contact avec le rocher.
Ici, il s’apparente aux plus durs et aux plus agressifs des granites…
Le nom de cette fissure du diable ? L’Epée de Saladin.

BOIRE… EAU POTABLE.
L’hydratation permanente du système est votre garantie d’efficacité, plus qu’ailleurs. L’air est très sec. Ajoutez-y l’effort, la durée, et l’exposition au soleil…

Buvez toujours de l’eau minéralisée – un peu sucré ou … salée. L’eau du village de Rum, et de tous les villages d’ailleurs, est potable. L’eau est ici tirée d’une immense nappe phréatique, située sous la partie nord du massif de Wadi Rum (nappe fossile de Disi). Celle-ci est à présent pompée pour alimenter Amman, la capitale… Réserve pour une centaine d’années seulement, à ce qu’on dit…
Ce n’est pas du côté de la pureté qu’il y a problème, mais plutôt du côté radioactivité. Inquiétant. En savoir plus (en anglais).L’eau des réseaux est généralement potable partout en Jordanie.
Par contre, l’eau résiduelle des vasques et autres soucoupes naturelles, ne doit être abordée qu’avec précautions. Les pastilles de traitement – genre Micropur – sont rassurantes. Les filtres type Katadyn sont bien efficaces.

Moi je fais systématiquement comme les bédouins. Je fais du thé avec de l’eau bouillante. Il y a du bois sec à profusion, ou mieux, des cartouches de gaz ultra-légères pour votre mini-réchaud.

Mais voilà – encore faut-il avoir prévu LE BRIQUET (ou les allumettes)! Sans parler de la petite théière, avec le thé et le sucre en suffisance…

De toute façon, prévoyez toujours de l’eau en abondance. Un minimum de 3 litres par personne et par jour, à l’ombre… Et si le soleil vous rattrape – alors là, attention !

Récit
C’est à la suite de l’ouverture de Towering Inferno, avec Tony, que j’ai fait des calculs rénaux à répétition pendant plusieurs mois.
Dérèglement total de mon organisme, suite à des expositions prolongées à la chaleur et au soleil (50 à 55° !) dans la paroi. Je me souviens de ma frénésie à vouloir absolument me couvrir avec tout et n’importe quoi pour échapper à la morsure du soleil (sac à dos, corde…). Parfois on s’endormait presque au relais…
Au retour, nos pieds étaient comme flétris, douloureux. Diana nous a amené de bonnes bassines d’eau froide pour les régénérer. Ils étaient comme lyophilisés !

L’INDISPENSABLE AVEC SOI EN PERMANENCE.
– eau (3 litres au moins)
– briquet (avec la théière miniature, son sucre et son thé – si plus d’une journée en montagne)
– couteau de poche léger
– quelques biscuits secs

Pourquoi le couteau à tout prix ? Parce que c’est vraiment galère de couper la cordelette de rappel sur les belles arêtes vives d’un grès qui… se désintègre quand on le frotte ! Contrairement à la plupart des autres types de rocher.

Pour éviter d’autres ennuis :
– lampe frontale légère
– réserve de cordelettes pour retour ou retraite
– quelques maillons ou vieux mousquetons à laisser sur place
– de quoi manger pour se requinquer… 
– et la corde, bien sûr !

BIVOUAC IMPREVU.
S’il y a du bois, faites un bon feu, et collez-vous autour. Le dessus des montagnes (plateaux sommitaux) et les canyons sont souvent boisés, mais pas toujours… Oui sur l’ensemble du Jebel Rum, non sur le Jebel Um Ishrin… Si vous tombez sur un tas de bois constitué, utilisez-le, mais reconstituez-le avant de quitter les lieux, pour les prochains visiteurs. Pas d’angoisse météo. Les bivouacs sont le plus souvent des moments magiques, mémorables.

NB : hm, hm… les portables passent vraiment mieux depuis les sommets… Vous pouvez donc facilement avertir les potes en bas, ou ceux qui se languissent de votre absence.

LE MATERIEL D’ESCALADE. 
Attention TOUTE votre quincaillerie va subir l’abrasion du grès.

Cordes.
2 brins de 45 à 50 mètres maximum (si plus long, gare au tirage…). Vu l’abrasion, un brin en réserve n’est pas du luxe pour un séjour prolongé. Gaffe au sable qui pénètre partout, aux déchirements sur les arêtes vives.
Grimpez avec la technique de la double-corde. Tirage, et délogement intempestif des coinceurs peuvent ainsi êtres évités. Sans parler d’une bien meilleure répartition de la force de choc… Contrairement à ce que beaucoup pensent, ce n’est pas dans le mousquetonnage rigoureusement alternatif de l’une et l’autre corde (1 coup sur 2) que réside l’avantage de cette technique.
C’est plutôt dans :
tout ce qui est à droite, je mousquetonne avec la rouge
tout ce qui est à gauche, avec la jaune – et jamais les 2 cordes dans le même point. Un brin de corde à simple (+/- 10 mm.) suffit souvent pour les voies d’une longueur qui se moulinent, ou pour les tracés en fissures vraiment rectilignes. Une corde de hissage en +/- 7 mm vient alors avantageusement compléter l’affaire pour la descente en rappel sur le gros brin.
Lors de la descente de Providentielle Al’Uzzâ avec Bernard (Domenech) et Denis (Condevaux), nous avons tiré un des rappels comme des fous ! Ça ne venait pas – rien à faire… Trop dangereux pour remonter avec les jumars… On s’est laissé glisser sur les cordes fixes, heureusement laissées là !

Quelques jours plus tard, afin de récupérer la récalcitrante, nous sommes montés par « Martha Steps ».
La corde bloquée par une simple aspérité, avait tout simplement creusé une gorge de près de 20 cm de profondeur dans la masse du grès !
Comme quoi les descentes en rappel doivent être prises très au sérieux. Imaginez l’embrouille si nous n’avions pas eu les cordes fixes pour nous tirer…

Cordelettes, anneaux de corde.
Autant que vous pouvez en amener (rien en dessous de 7/8 mm.). Elles servent partout et toujours.

Des ascensions entières se font sur lunules et bracelets ! Exemple : Rum Doodle, dans le Wadi Shelali. Les anneaux de cordelette prolongent avantageusement les coinceurs, et évitent ainsi le tirage.
Sans parler des anneaux de rappel à changer. Et des autobloquants indispensables…

COINCEMENT DE NŒUDS.
Peut-être êtes-vous aussi comme Albert (Precht), Siggi (Brachmayer) et consorts, des adeptes des nœuds de cordelette et sangles pour l’assurage ? Pour les autres, il faut apprendre à :

  • Rangez-les cordelettes consciencieusement : en « tête d’alouette » sur vos porte-matériel pour les plus fines, en bandoulière autour du torse pour les plus grosses.
  • Ne pas les fermer par un nœud trop serré avant utilisation. Il faut pouvoir « dégainer » rapide…
  • Faire le nœud simple, de base (dit « nœud de vache ») d’une main…
  • Ne pas serrer le nœud à bloc  – le serrage total se faisant au moment de la chute… (absorption du choc…).
  • Choisir le bon emplacement, bien sûr. Serrer minutieusement en tirant sur un bout, puis sur l’autre pour bien le coincer.
  • Idéalement, utiliser un petit bâton (30 à 40 cm.) que l’on taille en forme de spatule au bout, afin de loger les nœuds dans les étroitures ou autres placements subtiles…

Imaginez le gain de poids ! Et vraiment, bien placés, ces nœuds tiennent béton. Dans le grès tendre, souvent mieux qu’un coinceur…
Un petit stage pratique dans l’Elbsandsteingebirge vous fera le plus grand bien – good luck !

Votre surplus de cordelette ? Laissez-le aux grimpeurs sur place, où offrez-le aux amis bédouins. Ça fait toujours plaisir.
Existe-t-il un endroit au monde où les cordelettes d’alpinisme soient autant utilisées ?
La plupart des tentes bédouines sont haubanées avec de l’Edelrid, du Joanny, de l’Edelweiss, du Beal… Un monde où la laine de chèvre filée puis tissée à la main côtoie les plus sophistiquées des méthodes de tissage synthétique sur machine…

Maillons rapides ou vieux mousquetons à laisser.
Les points de rappel non scellés, sur cordelettes, sont majoritaires.
Plus qu’ailleurs, les maillons facilitent le glissement de la corde, déjà bien freiné par le frottement sur le rocher abrasif lors du ravalement.

Répétons-le : l’escalade est exclusivement libre et naturelle. Il faut être correctement pourvu de coinceurs et cordelettes divers. Bref, si la simple vue des coinceurs vous file des boutons, alors restez chez vous ! 

Jeu de nuts, en double – pour les escalades standard (la majorité).
Décryptez les topos. Ils spécifient parfois l’exact matériel à prendre.
Les RP’s et autres très petits câblés sont indispensables pour certaines ascensions.

Encore une fois, sachez que tout dépend du rocher. Trop petit de surface, et dans du grain tendre, le micro-coinceur va « griffer » le rocher en « rainurant » sa surface dans le cas d’un choc – et alors, hop…out ! (Inconvénient inexistant avec le nœud de cordelette ou de sangle !).

Dans bien des cas, c’est la multiplication (rassurante) de ces points modestes, qui permettra un freinage (absorption du choc) non négligeable lors de la chute. Bref, n’espacez pas trop, même quand c’est facile.

Lors de l’ouverture d’Al’Uzzâ, j’ai zippé avec les pieds dans le crux – un superbe dièdre lisse de chez lisse. J’étais protégé par une flopée de petits coinceurs et RP’s. Le bout des doigts n’a pas suffi à me retenir… J’ai entendu – peng, peng, peng…
Tous les coinceurs ont giclé, et encore une fois, j’ai atterri au relais, pendouillant, dans les bras de Bernard ! Une bonne quinzaine de mètres de vol, retenu par un bon micro-friends béton… Bien content.

JEU DE COINCEURS A CAMES (Friends, Camalots, DMM…), en double pour les escalades standards.
Un n°4 faisant tout à fait partie du rack de base.
Pour les plus petites cames, c’est la spécificité du terrain qui déterminera le choix.
L’essentiel se jouant souvent sur l’épaisseur de leur tête, leur polyvalence donc… (trous, fissures superficielles…). On pense aux Aliens par exemple.

Le problème essentiel à Rum, c’est que lors d’un choc violent, la tenue des cames dépend non seulement de la surface du rocher et du positionnement mécanique, mais aussi de la qualité globale de la masse rocheuse tout autour…

Illustration
Je mets mon Camalot dans la fissure, les cames à mi-course. Je rallonge bien avec un anneau de corde pour éviter le délogement par les mouvements de la corde, je clippe ma corde de droite, etc… Tout roule. Je suis proche du schéma-type d’un placement idéal.
Mais voilà, je vole… Peut-être un peu violemment…
Les cames s’expansent fort, s’incrustent dans le grès, et là…explosion ! Le grès, dans sa masse-même n’a pas résisté à l’éclatement. Le bord de la fissure s’est désagrégé en pur sable !

Pas de parano. C’est facile de remédier à tout ça lorsque le doute pointe son nez. Et croyez-moi, il faut quand même bien de la malchance pour que ça arrive…

C’est surtout pour vous mettre en garde sur un cas de figure qui n’existe que rarement dans les autres types de roches – plus dures (granit, bon calcaire, basalte…).
LA solution :  enfoncez l’engin un peu plus profond que d’habitude, plus loin des bords de la fissure, contre une plus grosse masse de rocher.

Autre problème, déjà soulevé avec les micro-coinceurs : l’extraction par « rainurage » violent de la surface trop tendre du grès, par les fines cames de l’engin.

L’idéal serait d’avoir des cames plus larges, afin d’éviter cet inconvénient… Certaines marques tentent l’expérience (aux USA, notamment). Problème – plus il y a de masse de ferraille, plus il y a de poids à trimballer…

Il est donc important de placer ces engins mécaniques avec leurs cames assez fermées.
En cas de glissement, les cames disposeront alors d’une plus grande course, assurant une marge d’action mécanique accrue.
À l’inverse, si les cames sont presque déjà à bout de course (engin trop petit…), il n’y a pas assez de marge d’expansion des cames en cas de choc avec risque de désagrégation de la roche.

Pour toutes ces raisons, répétons-le encore une fois, évitez de trop grands espacements entre les protections.
– Décoinceur, pour… décoincer tout ce beau matériel.
– En gros bon terrain d’aventure, il peut être utile d’emmener un marteau et quelques pitons en acier dur. Ceux-ci peuvent vous sortir d’un mauvais pas.
Mais, attention ! En aucun cas leur faire confiance pour retenir une chute, avec un vrai choc !

Intéressant d’avoir en fond du sac :
– un marteau avec une pointe assez fine et quelques pitons (X5) variés
– un tamponnoir style « Petzl » avec sa mèche et quelques micro-pitons en V (voir ci-dessous à propos du peg-bolt*)
– un crochet à lunules (crochet style sardine de tente)
Vous percez ainsi assez facilement des lunules dans les tafonis, les écailles, etc…
C’est le principe de l’Abalakov, appliqué au rocher.

NB : cette méthode est reprise par certains ouvreurs qui préfèrent percer une lunule (à la main ou à la perceuse) plutôt que de mettre un goujons, ou tout autre « parasite » métallique.
Pas bête, n’est-ce pas ?

ÉQUIPEMENT FIXE À DEMEURE.
On trouve des goujons (10 et 12 mm), quelques très rares «spits», de rares pitons, des rings scellés, et des «peg-bolts».

1- Attardons-nous sur les peg-bolts*
J’ai eu le plaisir d’être le premier à utiliser ce système à Wadi Rum, lors de l’ouverture de «Alan & his perverse frog» (Jebel Um Ejil West / 6b).

La perversion, c’était justement ça : percer le rocher pour y fixer un ancrage solide, en l’absence de toute autre possibilité d’assurage naturel. Le problème, c’est que mes amis étaient anglais, et donc foncièrement allergique à des artifices de ce genre… Alan Baker, mon compagnon ce jour-là, lui, s’en foutait !

Le « peg-bolt », c’est un tout petit piton en V, en acier dur (chrome molybdène ou apparenté), que l’on rentre en force, au marteau, dans un trou sous-dimensionné, foré au préalable avec un tamponnoir à main tout simple (mèche de 10 mm).
Nous avons effectué des tests en live. Cela tient très bien (si c’est correctement conçu, bien sûr…).

Avantage aussi : c’est de pouvoir le coller par la suite avec de la résine qu’on injectera dans les interstices du V. Exemple : les «peg-bolts» du passage-clé de la sortie du Pilier de la Sagesse (Jebel Rum East/6b).

Néanmoins, précaution à prendre lorsqu’ils ne sont pas collés : vérifiez-les attentivement, car les chocs répétés font déloger des grains de sable entre piton et rocher. L’effet de «cintrage» du piton s’annule alors, et…plus rien ne tient. Le piton «flotte» alors dans son trou.

Évitez aussi de les retaper. Les chocs des coups de marteau amènent au même résultat !

* Ce système m’a été révélé au Colorado, par Harvey Carter, pionnier historique de nombreuses tours de grès dans l’Ouest américain, rencontré au Garden of Gods à Colorado Spring-USA, en 1979.

2- Les goujons de 10-12 mm, assez longs, sont de bonne tenue…un certain temps seulement.
Toujours le même phénomène : les grains sablonneux du grès se désagrègent sous les chocs répétés… Tout dépend donc à nouveau de la dureté du grès – vraiment pas homogène. Ils sont bien sûr pratiques pour l’ouverture, les préférer longs et de gros diamètre.

Notons que des «vérificateurs d’équipement» altruistes pourront bloquer tout mouvement de la tige en collant l’ensemble avec de la résine chimique (résine époxide). Merci d’avance à eux !

3- Les rings scellés à la résine, c’est le top !
Et la résine peut se colorer avec un peu de sable pour des questions d’aspect esthétique…

Rappelons ici l’origine des scellements au Jebel Rum que l’on retrouve  à pratiquement tous les relais et ancrages de rappel des Short-Climbs, et tout le long de la descente de Hammad’s Route avec ses nombreux rappels. C’est l’oeuvre de vos serviteurs de la Desert Guides Society, W. Colonna, B. Domenech, T. Howard, etc…

Ou encore du travail génial des ouvreurs de «La Guerre Sainte» (Nassranyia Nord, face Est), qui ont entièrement sécurisé la voie avec des rings scellés ou des goujons de bon diamètre. Exemple de ce que devraient être les voies équipées à demeure. Qu’on se le dise !

A Wadi Rum, la plupart des rings scellés servent aux relais, aux ancrages de rappel, et comme protection dans des Short-Climbs. Peu de voies sont équipées clé-en-main.
A l’inverse, presque toutes les falaises calcaires du pays sont entièrement équipées de goujons ou de scellements, à l’exception des multi-pitch du Wadi Weidah (Ghôr Mazra).

4- Les pitons classiques – avertissement !
Les pitons classiques à demeure ne résisteront vraisemblablement pas à un vrai choc (une chute, quoi!), ou à des chocs répétés. Prenez acte.

Si vous en utilisez pour vous sortir d’un mauvais pas, choisissez des V, des S, quelques lames…Plutôt en acier dur. Tout dépendra encore une fois de la dureté du rocher.

On trouve désormais, comme partout, de plus en plus de lunules ou bracelets, percés à la perceuse ou à la main, et munis de bonnes grosses cordelettes. C’est très solide, propre et remplaçable.
À condition que la consistance du rocher à cet endroit soit bonne, et que l’épaisseur du bracelet, de la lunule soit en conséquence…

Les guides bédouins s’étonnent souvent de notre confiance aveugle dans certains bracelets ou lunules un peu maigres à leurs yeux.
Des histoires de lunules qui explosent – on a déjà eu ! C’est arrivé aux Frères Rémy lors d’une descente en rappel. Et c’est un des frères, auto-assuré sur le même ancrage de bracelet, qui a finalement retenu son frangin en train de descendre ! Brrr…
Alors gaffe !

Wilfried